✏️ Alexandre B.📅 23 mai 2026📁 Guides & Conseils

Compromis ou promesse de vente : ces deux termes désignent en réalité deux contrats juridiques distincts qui engagent différemment l’acheteur et le vendeur dans une transaction immobilière. Mal compris ou confondus, ils peuvent être source de litiges coûteux : l’un engage les deux parties par symétrie, l’autre n’engage que le vendeur en contrepartie d’une indemnité d’immobilisation. Régis par les articles 1583 du Code civil et 1589 du Code civil, ces contrats sont des moments clés de toute acquisition immobilière. Nous proposons ici un comparatif complet pour comprendre les différences juridiques, fiscales et pratiques, et choisir l’instrument adapté à votre situation.

Bureau de notaire avec signature de compromis de vente

Compromis et promesse : deux contrats juridiquement différents

Le compromis de vente (juridiquement « promesse synallagmatique de vente ») est un contrat où vendeur et acheteur s’engagent simultanément et réciproquement à conclure la vente définitive aux conditions fixées. Le vendeur s’oblige à vendre, l’acheteur s’oblige à acheter. Article 1583 du Code civil : « La vente est parfaite entre les parties et la propriété est acquise de droit à l’acheteur à l’égard du vendeur, dès qu’on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n’ait pas encore été livrée ni le prix payé. » La promesse unilatérale de vente, à l’inverse, n’engage que le vendeur : il s’oblige à vendre si l’acheteur, dit « bénéficiaire de la promesse », décide de lever l’option dans un délai imparti. L’acheteur n’est juridiquement engagé qu’au moment de la levée d’option.

Réponse directe : pratique française et choix le plus courant

En France, le compromis de vente représente environ 95 % des transactions immobilières résidentielles selon les statistiques notariales 2024. La promesse unilatérale, plus rare, est privilégiée dans certains contextes : marché à l’achat (acheteur en position de force, vendeur pressé), opérations complexes nécessitant un délai prolongé d’études techniques, ventes entre particuliers sans intervention immobilière. Les deux contrats peuvent contenir les mêmes clauses suspensives (financement, urbanisme, état hypothécaire) — voir notre dossier dédié clauses suspensives du compromis de vente.

Le compromis de vente : engagement réciproque

Le compromis de vente est un acte sous seing privé (signé entre les parties ou en agence immobilière) ou authentique (signé chez le notaire). Il comporte obligatoirement : identité des parties, désignation précise du bien, prix de vente, modalités de paiement, conditions suspensives (financement, urbanisme), date prévue de signature de l’acte authentique (généralement 3 mois après le compromis), pénalité en cas de défaillance de l’une des parties (généralement 10 % du prix sous forme de séquestre). À la signature, l’acheteur verse souvent un dépôt de garantie de 5 à 10 % du prix, séquestré chez le notaire ou l’agent immobilier. Ce dépôt s’impute sur le prix lors de la signature finale.

Le délai de rétractation de 10 jours

Depuis la loi SRU de 2000, l’acheteur d’un logement à usage d’habitation bénéficie d’un délai de rétractation de 10 jours calendaires à compter du lendemain de la première présentation de la notification du compromis (recommandé AR ou remise contre signature). Dans ce délai, l’acheteur peut renoncer librement à la vente sans aucune motivation et récupérer intégralement son dépôt de garantie. Ce droit ne s’applique qu’à l’acheteur, jamais au vendeur. Pour plus de détails sur cette procédure cruciale, voir notre dossier délai de rétractation achat maison et rétractation du compromis de vente.

Document de compromis de vente immobilier avec clés et stylo

La promesse unilatérale de vente

La promesse unilatérale de vente, encadrée par les articles 1124 et suivants du Code civil, présente des caractéristiques très différentes du compromis. Le vendeur s’oblige à vendre, mais l’acheteur (le bénéficiaire) n’a aucune obligation symétrique : il dispose d’une option à lever ou non dans un délai fixé (généralement 2 à 4 mois). En contrepartie de cette « réserve » par le vendeur de son bien, le bénéficiaire verse une indemnité d’immobilisation représentant 5 à 10 % du prix. Cette indemnité reste acquise au vendeur si le bénéficiaire ne lève pas l’option dans les délais. À l’inverse, si le bénéficiaire lève l’option, l’indemnité s’impute sur le prix de vente.

Formalités obligatoires

La promesse unilatérale de vente doit obligatoirement être enregistrée à la recette des impôts dans les 10 jours suivant sa signature, sous peine de nullité. L’enregistrement coûte 125 € (forfait fiscal selon CGI article 680). Cette formalité, lourde et oubliée par beaucoup, est l’une des principales raisons pour lesquelles le compromis classique est préféré : le compromis n’a pas cette obligation d’enregistrement. La promesse peut aussi être un acte authentique signé chez le notaire, ce qui dispense de l’enregistrement mais coûte plus cher en frais notariaux.

Quand choisir l’un ou l’autre

Le choix entre compromis et promesse dépend de plusieurs paramètres. Choisir le compromis quand : le marché est équilibré ou tendu à la vente, l’acheteur souhaite un engagement réciproque protecteur, vous voulez éviter les formalités d’enregistrement, le délai entre compromis et acte final reste raisonnable (2-3 mois). Choisir la promesse unilatérale quand : l’acheteur a besoin d’un délai supérieur à 3 mois pour finaliser son financement ou des études techniques approfondies, l’acheteur veut une « option d’achat » sans engagement définitif, le bien est atypique nécessitant des vérifications longues (immeuble à rénover, terrain en zone d’aménagement, copropriété complexe), le vendeur accepte de réserver son bien contre indemnité confortable.

Particularités de la promesse synallagmatique de vente

La promesse synallagmatique de vente (parfois appelée « contrat préliminaire » ou « contrat de réservation ») peut intervenir comme étape préliminaire au compromis pour les biens neufs (VEFA). Elle engage le promoteur sur la livraison et l’acheteur sur l’achat. Régie par la loi du 3 janvier 1967, elle prévoit un dépôt de garantie de 5 % maximum si la signature de l’acte définitif intervient sous 1 an, ou 2 % si elle intervient au-delà. Cette structure est particulièrement utilisée pour les achats sur plan (VEFA).

Poignée de main chez le notaire après signature d'une promesse de vente

Conséquences du non-respect

Les conséquences d’un non-respect diffèrent selon le contrat. Pour le compromis : si l’acheteur se rétracte hors délai légal de 10 jours et sans clause suspensive justifiée, il perd son dépôt de garantie au profit du vendeur (5-10 % du prix). Le vendeur peut aussi demander l’exécution forcée de la vente devant le tribunal judiciaire (loi du 23 mars 2019). Pour la promesse unilatérale : si le bénéficiaire ne lève pas l’option dans les délais, l’indemnité d’immobilisation reste acquise au vendeur sans recours possible. Si le vendeur refuse de vendre malgré la levée d’option, l’acheteur peut demander des dommages-intérêts mais ne peut pas forcer la vente (sauf cas exceptionnel). L’offre d’achat immobilier en amont sécurise déjà beaucoup la transaction.

Questions fréquentes

Qui doit rédiger le compromis ?

Soit l’agent immobilier mandaté par le vendeur (avec sa responsabilité professionnelle), soit le notaire (acte authentique), soit directement les parties pour les ventes entre particuliers. Notre recommandation : faire systématiquement intervenir un notaire, son rôle de conseil est inclus dans les frais habituellement supportés par l’acheteur.

Peut-on ajouter des conditions suspensives à la promesse unilatérale ?

Oui, les mêmes conditions suspensives que pour un compromis (financement, urbanisme, droit de préemption) sont possibles dans une promesse unilatérale. Elles limitent les cas où le bénéficiaire perd son indemnité d’immobilisation.

Le dépôt de garantie est-il obligatoire ?

Non, le dépôt de garantie (5-10 %) n’est pas obligatoire mais très usuel pour sécuriser le vendeur. En cas d’absence, le vendeur peut refuser la signature ou demander une indemnité en cas de défaillance plus difficile à recouvrer.

Avertissement. Cet article a une vocation informative et ne se substitue pas à un conseil personnalisé d’un professionnel (banquier, courtier, notaire ou avocat) avant tout engagement financier ou immobilier.

Article mis à jour le 23 mai 2026. Sources : Code civil (articles 1583, 1589, 1124), service-public.fr — Vente immobilière, Conseil supérieur du notariat 2024.